Bon en tant que Suisse, historiant à mes heures perdues, je vais vous donner un coup de main pour poser le cadre du début de la Suisse.
Les sources :
- La Suisse "de la formation des Alpes à la quête du futur", ouvrage collectif Ed. Ex-Libris 1975
- Nouvelle histoire de la Suisse et des Suisses, Ed. Payot, lausanne, 2ème édition 2004.
Préambule :
Il ne semble possible de parler d'histoire suisse qu'à partir de la fin du XIVème siècle. Le moyen âge ne connait pas d'histoire d'États au sens moderne du terme, il s'agit bien plus 'histoires de famille qui se battent, le plus souvent se marient pour agrandir leur domaine et concèdent parfois des franchises à des communautés paysannes ou à des villes.
Pour mieux comprendre l'émergence de la Suisse, il me semble important de partir depuis le IXème siècle.
Pour schématiser, l'ouest de la Suisse (là où on parle français de nos jours [cantons modernes de Genève, Vaud, Valais, Neuchâtel, Fribourg et Jura], se voit attirer dans l'orbite du pouvoir d'un comte guelfe d'Auxerre "Conrad" qui avait reçu la mission du roi Lothaire II de contrôler un axe de communication nord-sud. Son fils Rodolphe 1er, se fait couronner en 888 à St-Maurice en Valais, roi de Haute-Bourgogne. Ce royaume dure jusqu'à son retour dans le St-empire Romain-Germanique en 1032, faute d'héritier. Ce royaume a assuré une certaine unité linguistique mais n'a pas été marquant sur le plan politique, toutes ses tentatives d'expansion à l'est d'abord puis au sud et à l'ouest se sont soldées par des échecs ou des gains limités.
Dans la partie est de la Suisse (là où on parle des dialectes allemand de nos jours[tous les cantons moins ceux que j'ai cité plus haut + le tessin], l'ancien territoire des tribus allemannes se partage entre plusieurs familles. En 919, le 1er Duc de Souabe (région sud de l'Allemagne + suisse de l'est) prête serment au Carolingien Henri Ier, donc affirme son indépendance... Il rentre en conflit avec les Hauts-Bourguignons et les défaits, l'empereur donne un territoire tampon au royaume de Bourgogne et impose une paix au 2 parties.
A partir de 924, la cour souabe siège à Zurich. Le Duc est aussi comte de Réthie (Grisons actuels) et excerce son influence sur les cols alpins vers l'Italie. Les Ducs firent plusieurs expéditions militaires en Italie du nord. 4 grandes familles de la haute noblesse de souabe se disputent le duché : Hohenstaufen, Rheinfelden, Zähringen et Guelfes. Ces 4 familles ont de nombreux liens de familles entre elle et entre les différents empereurs du St-Empire.
En 1098, la querelle (dans l'aire géographique suisse) entre les Hohenstaufen et les Zähringen trouve une fin. Ils se partagent le duché en échange du renoncement au titre ducal. Donc Berthold II de Zähringen reçoit la suzeraineté sur les seigneurs d'Argovie (Lenzburg dont ils hériteront en 1173) et le baillage impérial de Zürich (qui va jusqu'à Uri) + les terres qui sont propres à sa famille (nord du rhin (Brisgau, Foret noire), Bourgogne, Argovie et bassin de l'Aar et de l'Emme.
Vers 1120, Les Zähringen prennent pied dans le pays de Vaud, soutenus par l'empereur, ils obtiennent les vicariats
de Bourgogne et de Provence. Leurs visées vers l'ouest se heurtent aux visées expansionnistes régionales des comtes de Genève, des évêques de Lausanne mais surtout de ceux des comtes de Savoie. Le soutient de l'empereur leur est retiré en 1156. En 1173 ils deviennent seigneurs d'une partie des terres des Lenzburg (ne pas confondre suzeraineté et possession), ils voient s'ouvrirent à eux la voie du col du Gothard, la voie la plus courte à travers les Alpes.
En 1218 le dernier héritier meurt, vraisemblablement en même temps que le traffic marchandise à travers le Gothard prend son essort.
Les terres des Zähringen sont partagées entre les Kybourg, les Habsbourg et l'empereur, dans une période charnière où les enjeux que constituent l'axe et l'argent que génère le traffic au Gothard attise non seulement bien des convoitises mais aussi éveille aussi des forces nouvelles dans une région
jusque là HORS DU TEMPS. On leur doit la fondation de villes qui joueront un rôle politique de 1er plan en Suisse : Berne, Fribourg, ou qui serviront de champ de bataille : Morat
A l'ouest : DU NOUVEAU...
Les Savoies conquièrent au XIème siècle le val d'Aoste et la maurienne. Parti de leurs possessions de Grenoble, de Vienne et de Belley, ils poussent leur influence tant dans en direction de la vallée du Po (Turin) qu'en vallée du Rhône. Dans la même période, ils s'assurent le Chablais (vallée est du lac léman, direction le Valais) et cherchent à éliminer l'autorité des comtes de Genève sur le genevois (la ville dépend de l'évêque), la vallée de Chamonix et le pays de Vaud.
En 1207, Thomas de Savoie reçoit Moudon, point de départ en 1237 de la conquête du pays de Vaud et du Genevois par Pierre II. En 1263, l'influence de la Savoie s'étend jusqu'à Berne et Genève.
En simplifiant, de 1264 à 1291, les Habsbourg dont Rodolphe qui devient empereur du St-Empire en 1273 livrent une série de guerres aux Savoies et reprennent les villes du plateau suisse les plus importantes soit : Berne et Fribourg.
Différences fondamentales entre les villes et les montagnes dans la Suisse de l'époque :
présence sur le plateau suisse de nombreux petits seigneurs féodaux et du servage contrastant avec la présence de communautés montagnardes composées d'hommes libre. Il ne faut pas s'imaginer que les villes et/ou les communautés montagnarde sont de type démocratique. De grandes familles de marchants ou d'ancien ministraux des vieilles familles nobles tirent les ficelles et récoltent les bénéfices.
Economie :
on passe d'une économie de subsistance à une économie d'échange (y compris dans les montagnes), les bénéficiaires de cet argent sont les villes et les communautés montagnarde qui a l'occasion ont les moyens de s'acheter des seignereries féodale percluent de dettes. Les temps sont durs pour les petits féodaux suisse, la monnaie subit une forte dévaluation et ils sont contraint de s'endetter pour maintenir leur train de vie et souvent de in fine de vendre leurs droits et domaines.
Quand les seigneurs se querellent :
Les communautés s'unissent car souvent elles sont jetées dans des camps opposés. Ces pactes ont tous le même but : atténuer les conséquences d'une guerre, donner du temps pour négocier un arrangement ou au moins recevoir une déclaration de guerre en bonne et dû forme. Le plus ancien pacte de ce type conservé est de 1243 entre Berne et Fribourg. D'autres villes du plateau ont passé ce type d'accord : Bienne, Neuchâtel, Soleure, Payerne, etc...
Le pacte de 1291 est la confirmation d'un ancien pacte, avec des adjonctions. Il reflète la méfiance de ces communautés ainsi que leurs craintes d'empiètement abusif de la part de "la grande puissance régionale" sur leur libertés et franchises accordées par l'empereur. Il s'agit surtout d'un pacte local comportant un objectif politique limité, et non pas la manifestation d'une révolution paysanne ou l'acte de fondation d'une organisation que l'on connaitrait plus tard sous le nom de confédération helvétique !
LES DROITS SEIGNEURIAUX SUR LES HOMMES ET LES TERRES SONT CONFIRMES...
Formation de la Suisse primitive :1277 Fribourg aux mains des Habsburg, très loin des terres "amies" doit assurer sa propre sécurité et politique et s'empare donc par les armes de son arrière pays puis pousse ses conquête vers l'est pour garder le contact avec le berceau de la famille habsburg : l'Argovie.
Berne, ville impériale, soumise aux pressions des Savoie et des Habsburg suit le même chemin que Fribourg, depuis le début du XIV elle conquiert son arrière-pays par l'achat, la donation de sa bourgeoisie ou par les armes et s'attire ainsi l'inimitié des nobles alentours. En 1323 elle s'allie aux Waldstätten (Uri, Schwytz et Unterwald = suisse primitive).
Zürich, subit une révolution corporatiste en 1336 et pour la protéger mène une politique très indépendante, faite d'alliances de courtes durées avec des villes souabes. En 1350 des anciens conseillers de la ville, chassés par la révolution, tente un coup de main avec un comte habsburg local, celui-ci échoue, tout comme les tentatives de paix. Malgré une garantie de l'Autriche concernant le maintien de son nouveau régime politique, Zürich romps les trêves, et se constitute un petit domaine personnel aux dépends du comte habsburg et de l'Autriche, puis choisis de s'allier avec les Waldstätten.
Pour Uri, Schwytz et Unterwald, les ennuis surgissent vers 1314-1315, suite à une énième agression des gens de Schwytz sur les biens et terres du couvent d'Einsiedeln, placé sous la sauvegarde des Habsburg-Autriche. Le Duc Léopold se mit en tête de châtier les montagnards et prépara si négligemment son affaire qu'il en mourut lors de la bataille de Morgarten, le 15.10.1315.
Cet événement très local (il n'influait en rien sur le destin de l'Autriche ou sur sa puissance) permit aux Waldstätten de prendre conscience d'eux-même. Ils se réunirent dans le mois qui suit la bataille pour renouveler le pacte de 1291, le compléter. Ce qui le distingue clairement de celui de 1291, c'est qu'il tente d'unifier une politique commune face "à l'étranger", qu'il interdit de conclure ou de négocier des traités à l'insu des autres co-signataire et qu'il dénie à un seigneur qui les aurait attaqués tout droit sur les hommes et la terre pour toute la durée du conflit.